Montée de lait

« Aide-toi et le Ciel t’aidera », a dit un jour une sage personne.

Chaque fois que j’entends ce dicton, je ne peux m’empêcher d’imaginer mon vieux prof de philo, le visage crispé par le cynisme, en train de maudire la pensée magique et l’immobilisme. Bourru, il nous bourrait le crâne de concepts philosophiques abstraits parfois très incompatibles avec le concret. Cependant, même si je me perdais souvent dans son labyrinthe intellectuel parsemé de détours théoriques abstrus, j’ai su me rallier à cet adage, qu’il ne cessait de nous répéter d’ailleurs, peut-être parce qu’il constituait l’essentiel de son enseignement.

Vous êtes-vous déjà retrouvé impuissant face aux difficultés d’un (e) ami (e), membre familial, proche, connaissance, qui avait tout à sa portée pour s’en libérer, mais qui pourtant, préférait se conforter dans la victimisation? Personnellement, il m’arrive fréquemment de prêter une oreille attentive à de déplorables mélodrames, religieusement ponctués par le ronchonnement de plaintes mille fois entendues :

« Pourquoi ça n’arrive rien qu’à moi ? »

Je ne sais pas moi, mais connais-tu tout le monde sur Terre?

« Pourquoi le Ciel me tombe toujours sur la tête ? »

Je ne sais pas moi, peut-être parce que le Ciel veut que tu montes sur ses nuages ?

« Non mais quand est-ce que ça va finir tout ça ? »

Je ne sais pas moi, peut-être quand tu vas commencer ?

Et ainsi de suite…

Remarquez, le fond de ma pensée ironique est rarement dévoilé. Je préfère fredonner subtilement « Aide-toi et le Ciel t’aidera », car après tout, quoi dire à un (e) entêté (e), si ce n’est qu’il (elle) a la tête dure? C’est que voyez-vous, à la longue, j’en suis venu à me sentir victime de ma propre et piteuse sympathie. Je l’ai donc troquée pour l’empathie, plus objective, moins « absorbante », et certes davantage bienveillante, puisqu’elle ne courtise pas l’apitoiement. Je ne peux plus me résigner au sempiternel « Pauvre toi ». Allergique je suis.

Plus facile à rédiger qu’à digérer par contre. Difficile de rester totalement insensible devant la souffrance morale et physique de mes proches qui s’évertuent à récolter ce qu’ils n’ont pas semé. Loin de moi l’idée de banaliser leurs problèmes ; je crois simplement que chaque être humain lucide pourrait définitivement améliorer sa situation personnelle s’il prenait le temps de comprendre qu’il en est le co-créateur et qu’il détient un certain pouvoir d’influence qui n’attend que d’être mis en pratique. Mes expériences m’ont amené à trouver infructueux, voire destructeur de vouloir aider quelqu’un qui ne veut pas s’aider. Aussi bien tenter d’ouvrir une porte dessinée sur un mur…

Bien que déchirant, il faut apprendre à tolérer et accepter le fait que certaines personnes s’obstinent inconsciemment à vivre et revivre tel ou tel problème dont la cause est assurément plus profonde que le fond d’un baril. Ils font le choix de ne pas avoir le choix, et nous devons le respecter, dans la mesure où notre liberté n’en subit pas les contrecoups. En fait, la Vie, c’est un peu comme mon vieux prof de philo ; elle nous répète incessamment ses leçons jusqu’à ce qu’on les comprenne. Et s’il y a bien une leçon qui est écrite dans le Ciel, c’est que l’on ne peut pas comprendre à la place des autres.

Patrix pour Merci la Vie !