Témoignage contemporain sur l’Éveil

Puissent ces quelques lignes insuffler un parfum d’amour et de paix …
Puissent-elles éclairer et inspirer tous les chercheurs de Cœur

« Pour la petite histoire… »

Née au Cambodge, j’ai dû quitter mon pays à l’âge de cinq ans, lorsque la guerre éclata. Je grandis en France. À l’adolescence, une première « expérience d’éveil » survint spontanément. Le mental était soudainement vide de pensées et d’une limpidité lumineuse.

La source de l’Être se révéla alors, dans sa pure nudité, embrassant tout de sa douce félicité. Cet état d’être, tel un parfum, dura un temps pour finalement disparaitre, laissant place au retour triomphant d’un mental qui se projetait à nouveau dans l’élan du devenir; un mental qui croyait à nouveau à la réalité d’un « je » qui devait se débattre dans les soi-disant impératifs et obligations du quotidien.

La perte de l’expérience me plongea dans une profonde nostalgie qui généra une quête intense; celle du paradis que je croyais avoir perdu. Ma recherche du bonheur me conduisit à explorer la philosophie bouddhiste. Je partis en Inde pour étudier les grands textes de cette tradition millénaire, notamment ceux qui apportaient un éclairage sur notre nature véritable. Je ressentais parallèlement le besoin profond de faire l’expérience des enseignements et des mots reçus au travers de retraites méditatives.

Au début de ces retraites, je m’efforçais de « bien pratiquer et de bien méditer » aspirant ardemment à un résultat ; celui du fruit de l’éveil définitif. L’illusion de la quête me faisait ainsi perdre de vue que je ne pouvais acquérir Ce que je suis déjà depuis toujours.

Finalement, au bout d’un certain temps de pratique assidue, l’effort laissa place à l’abandon, l’abandon à l’instant ; l’abandon à ce qui est ; l’abandon en confiance à la source qui m’éclairait de « l’intérieur » et qui appelait de son amour à être pleinement dévoilée. Cette source qui luit au cœur de l’Être et qui est l’essence de la vie même. Dans l’abandon à la source, je me laissais faire ; je me laissais défaire et dénuder. L’abandon qui se manifestait, n’était pas le fait de quelqu’un. Il n’était pas dû à une quelconque volonté personnelle. Il ne dépendait pas de « moi ». Il était simplement porté et mû par la grâce de la Vie et de l’Être.

Il était une réponse spontanée et naturelle à l’appel d’amour.

Dans ce don de soi, dans ce don à Soi, l’apparente méditation s’accomplissait d’elle-même. Le chemin se quittait pour entrer dans l’instantanéité du pas. Il y avait alors ouverture, espace… Un espace dans lequel les énergies enfouies au plus profond de moi, pouvaient se libérer et se redéployer. Ainsi, tout ce qui était occulté et nié depuis longtemps pouvait remonter à la surface, remonter à la conscience : les émotions bloquées, les angoisses et les insatisfactions de fond, les résistances et mécanismes de protection inconscients, les mémoires profondes liées au traumatisme de la guerre et aux blessures de l’enfance.

Toutes ces énergies étaient accueillies telles quelles, sans plus être jugées ni rejetées.

Elles étaient autorisées à être simplement, librement.

Je ne cherchais plus à les transformer ou les contrôler.

Je ne cherchais plus à m’en saisir ou m’en dessaisir.

Je ne luttais plus. Je ne résistais plus.

J’ouvrais ainsi la porte à la paix et à l’amour car j’acceptais de rencontrer pleinement mon humanité, dans la douceur et la bienveillance.

J’apprenais à accueillir et aimer tout de la vie en moi et à me laisser embrasser par elle. Dans cet accueil, dans cette étreinte, les énergies se libéraient d’elles-mêmes dans l’espace ouvert de la conscience, amenant ainsi le corps et l’esprit à se clarifier naturellement. Les énergies physiques se raffinaient ; les sens et les perceptions s’aiguisaient ; L’intuition grandissait et un enracinement dans le présent s’installait.

Après les retraites, un don naturel pour le soin émergea en moi. Ce don m’invita à accompagner et soigner bon nombre de personnes pendant quelques années. Etonnamment, au cours de cette période, je ne cherchais plus l’éveil.

C’est lors d’un voyage à l’étranger, alors que je n’attendais plus rien que surgit  » l’évidence cachée  » :

Par un bel après-midi hivernal, alors que je me promenais dans les rues et les jardins d’Amsterdam, un voile se déchira. Le sentiment d’être un individu séparé s’évanouit. Il n’y avait alors plus de temps, ni d’intérieur ni d’extérieur. Plus de sujet ni d’objet. Ce que je croyais être le monde apparaissait sous un jour complètement nouveau et dans une fraîcheur insoupçonnée.

Au-delà de la frontière duelle, il se révèle être la radiance naturelle de la conscience infinie ; sa lumière, l’expression libre de sa joie et de son amour. L’amour est l’essence même de la conscience ; sa vibration première ; son parfum de vie ; son chant de liberté ; son sourire divin.

L’amour inconditionnel embrasse toute chose ; il est toute chose. Dans l’espace ouvert et clair de cette évidence, la joie me remplissait ; Il y avait plénitude et éveil à la beauté de la vie. Plénitude d’avoir retrouvé sa source, sa terre originelle ; Plénitude de paix et d’amour ; Plénitude du Cœur.

Je réalisais que l’éveil n’était pas l’obtention d’un nouvel état qui me serait étranger. L’éveil est le dévoilement de notre Être véritable lorsque le rêve de la séparation s’efface. Il est la révélation de Ce que nous sommes déjà. C’est pourquoi, on peut dire que l’éveil est à la fois ordinaire et extraordinaire.

Pour ma part, l’éveil était semblable à l’aube, qui dissipe de ses premières lueurs, l’obscurité de la nuit, sans pour autant illuminer complètement le ciel. L’éveil levait le voile grossier de la séparation, de l’ignorance fondamentale mais il demeurait des voiles et des imprégnations égotiques résiduels. Ces derniers appelaient à être consumés graduellement dans un processus de mûrissement et de stabilisation qui allait suivre l’éveil.

Ce processus donnait le temps au corps d’intégrer à son rythme le courant d’éveil et de s’y accorder. Il manifestait alors des douleurs physiques, parfois intenses. A travers elles, s’éliminaient les tensions, les toxines, les sillons et les mémoires générés par la construction égotique et les conditionnements mentaux. Ce processus était simplement l’alchimie d’amour à l’œuvre.

Elle invitait à un éclaircissement total et à une plongée sans condition et sans retour dans le grand cœur de l’absolu. Elle appelait à réaliser complètement la pleine conscience, libre de tout voile ; La conscience qui « repose en elle-même », dans son centre sans limites, dans sa nudité première, sa paix immuable, dans le silence du cœur.

La conscience est le vide radieux ; le Cœur vibrant de vie. Elle est le grand ouvert, source de tous les possibles. Elle est l’Amour absolu qui reflète sa lumière en toute chose.

N’étant rien, elle est toute chose :

La nature, la terre, l’eau, le feu, l’air, l’espace, les étoiles, l’univers.

Elle est toutes les formes, tous les sons, toutes les pensées, toutes les émotions, toutes les expériences.

Elle est énergie, vibration, lumière.

Elle est la Vie même.

Elle est tout ce qui est.

Avec Joie et humilité,

Somasekha

Extrait de l’ebook Témoignages contemporains sur l’Éveil publié par l’association Espace de l’Être