Montée de lait

Toc-toc un peu trop religieux

S’il y a bien une attitude qui m’horripile en ce monde, c’est celle des personnes et/ou institutions croyant détenir la Vérité Absolue et qui ne peuvent s’empêcher de nous la rentrer dans la gorge à coups de citations et versets. Les religions excellent dans ce domaine, et en tant qu’ex-chrétien évangéliste, je sais que certains fervents s’en donnent à cœur joie. Je sais aussi que l’intention est rarement mauvaise, loin de là ; mes réflexions m’ont mené à la conclusion qu’ils sont plus souvent qu’autrement des maladroits du divin. Certes, quelques-uns le font égoïstement, espérant réclamer une banquette V.I.P. aux premières loges du Paradis, mais au final, le résultat est le même : agaçant. Ah! Je ne compte plus les fois où, dans les assemblées chrétiennes dominicales, untel a ressenti le besoin de me transmettre une « mise en garde de Dieu » destinée à mon attention, sous prétexte que je-ne-sais-quoi de ma prestance ne reflétait pas suffisamment la Vérité du Roi des Rois, vomie par l’homme d’affaire le bon Pasteur. À la limite, je peux comprendre, bien à regrets tout de même, que ce genre de prosélytisme soit toléré au sein des Églises ; c’est la règle d’or. Mais en dehors? Vraiment?

Immanquablement, au moins 2 fois par année, des prosélytes chrétiens, toutes confessions confondues, viennent cogner à la porte de mon appartement dans l’espoir de sauver la brebis égarée que je suis à leurs yeux. Et immanquablement, même si je sais pertinemment que l’œil magique de ma porte d’entrée me permet d’ignorer en toute impunité les « Jesus Freak » de Longueuil (4 églises protestantes dans un rayon de 2 kilomètres, quand même!), je dois absolument ouvrir pour écouter ce qu’ils ont de beau et bon à me raconter. C’est plus fort que moi, je le perçois encore comme une forme d’expérimentation sociale, d’autant plus que mon adresse est le 7, voyez-vous, le chiffre céleste. Un clin d’œil de la Providence, assurément. Malheureusement pour eux, je l’interprète différemment, du genre que l’on doit tourner sa langue 7 fois avant de parler, chez-moi.

Le moment que je préfère déteste le plus durant leur sermon (et il vient toujours), c’est lorsqu’ils réalisent, à la vue de ma physionomie plutôt espiègle, que c’est perdu d’avance avec moi ; qu’ils ne pourront pas me flatter dans le sens du poil et me voir parmi eux le dimanche suivant en train de me repentir à genoux d’être moi-même, les larmes aux yeux, entre les louages et la prédication. Normalement, à partir de ce moment, c’est le malaise : ces convertis se mettent à me toiser et, d’un regard piteux, me lancent prétentieusement une phrase préconçue qui ressemble grossièrement à : « Le Seigneur t’aime tellement qu’Il te laisse le choix entre lui confier ta vie ou brûler avec Satan en Enfer pour l’éternité ». Ensuite de quoi, pitch de vente bien placé, ils me tendent un prospectus, n’étant ni plus ni moins qu’une carte d’affaires, et quittent, la conscience tranquille. Et si je me fie aux gros titres y figurant, la peur est définitivement leur cheval de bataille : « Dieu fait mourir. Dieu punit les anges. Dieu punit le monde. Dieu noya les méchants. Feu et fureur. ». C’est à se demander si Dieu fait quelque chose de bon.

Je dois cependant vous confier avoir trouvé un excellent repoussoir. La dernière fois que deux mormons sont venus cogner à ma porte, j’ai ouvert, impatient d’honorer mon plan. J’ai mangé leur salade, bu leurs paroles mielleuses et attendu qu’ils me proposent leur fameux prospectus, que j’ai accepté d’ailleurs, mais à l’unique condition qu’ils acceptent le mien. Quoi? À bien y penser, c’est la moindre des choses : les inconnus venant me déranger chez-moi pour réduire mes propres croyances méritent, ne serait-ce qu’un aperçu des miennes !

Alors, dorénavant, chaque fois que des prosélytes risquent un toc-toc religieux sur mon crâne et mon cœur, je prêche pour ma paroisse, moi aussi : ils ne repartent plus bredouilles, puisque je leur fais cadeau d’un de mes vieux bouquins poussiéreux sur les extra-terrestres !

Patrix pour Merci la Vie !