Moi, Jean-Daniel

Les aventures de Jean-Daniel, semaine 8

Mes parents, qui habitent à Baie-Saint-Paul, m’ont invité à passer quelques jours chez eux. C’est là-bas que j’ai grandi, dans cette belle petite ville collée sur le fleuve, où je suis resté jusqu’à ce que je parte pour étudier à Québec. Ça faisait quelques mois que je n’y étais pas allé, et je me réjouissais d’y retourner. On ne s’était pas vu depuis mon licenciement et je crois que mes parents voulaient me voir, histoire d’être sûrs que j’allais aussi bien que ce que je leur racontais au téléphone.

Charlevoix, c’est la terre à mon père, où il a toujours vécu. Il y est très attaché, et il a travaillé fort pour y rester, cumulant durant plusieurs années deux emplois pour nouer les deux bouts. Dans la tête de mon père, l’homme est le pourvoyeur de la famille. Vous comprendrez facilement que mon licenciement, il ne l’a pas très bien pris. Quand on se parle, sa première question est toujours de savoir si j’ai déjà retrouvé un emploi.

J’ai débarqué « chez nous » un vendredi en début de soirée. Mon père pelletait la petite neige qui venait de tomber. On s’est salué et on a jasé un peu. La communication avec mon père n’a jamais été très facile. Ce qu’il ressent, il le garde en dedans, alors écouter les autres parler de leur intimité, ça le met mal à l’aise. Il a été élevé ainsi, et j’ai appris à le respecter.

Moi, j’ai grandi avec deux sœurs. La première est née trois ans avant moi, et la seconde 18 mois après. J’ai partagé beaucoup de choses avec elles, et peut-être à cause de cela, j’ai développé une sensibilité plus grande que la moyenne des gars que je connais. Chose certaine, je n’étais pas un modèle de virilité aux yeux de mon père. Quand j’ai annoncé, à la fin de mon secondaire, mon envie d’étudier en arts, je n’ai pas eu beaucoup d’encouragements de sa part. Heureusement, ma mère et mes sœurs m’ont soutenu dans mon choix.

Des années ont passé depuis que j’ai quitté la maison parentale. Mes parents ont changé et moi aussi. Je les comprends mieux, je réalise mieux aujourd’hui par où ils sont passés. Quand j’étais ado, j’aurais voulu qu’ils soient différents, plus modernes, plus cools, plus instruits. J’y pense encore parfois, quand ça va moins bien, mais plus le temps passe, plus je les trouve sur mesure pour moi, parce que tout bien vu, la pomme n’est pas tombée loin du pommier.

Je vous retrouve la semaine prochaine pour vous raconter la suite. 

Jean-Daniel