Moi, Jean-Daniel

Les aventures de Jean-Daniel, semaine 79

Penser autrement

Mon projet de réorientation professionnelle a donné des idées à Corinne. Elle aime son emploi d’enseignante spécialisée, mais l’environnement dans lequel elle évolue lui impose beaucoup de limites. Dans le domaine de l’enseignement comme de la psychologie, les dogmes ont pris bien de la place.

Corinne aimerait pouvoir écouter davantage son intuition et sa guidance intérieure, plutôt que de suivre des programmes et protocoles tout cuits. Elle comprend leur utilité, mais observe également les limites de cette approche. Comme elle le dit, chaque enfant est différent, alors pourquoi imposer à tous les mêmes matières d’apprentissage au même rythme ?

À l’écouter, je comprends que le personnel de son école, et ce doit être semblable partout, vit insidieusement dans un climat de peur, la peur de faire une entorse au règlement et de tomber sous le coup d’une enquête. Difficile de déployer ses ailes dans ces conditions.

Suite à nos discussions et réflexions, Corinne à spontanément contacté quelques écoles alternatives, question de savoir si ses services pourraient s’insérer dans ce cadre-là. Ce qu’il y a de très marrant, c’est qu’une école est intéressée et aimerait la rencontrer pour en discuter sérieusement. Pour Corinne, c’était un projet à moyen ou long terme. La voilà donc bousculée, car l’offre lui parle beaucoup.

Trop énervée, elle n’arrivait pas à s’endormir ce jour-là. Pour moi, il était amusant et instructif de l’écouter et de l’observer. Son corps et ses paroles exprimaient tantôt les hésitations et les craintes de son mental, tantôt l’élan et l’enthousiasme de son âme et de son cœur. Comme je n’étais par trop impliqué émotionnellement, il m’était facile de faire la différence, mais pour Corinne, rien ne semblait si simple.

Comme ce nouvel emploi impliquerait un déménagement en Estrie, nous avons passé une partie de la nuit à discuter. Étonnamment, l’idée de déménager m’a plu tout de suite. Je veux dire par là que j’ai ressenti comme un « Oui » à l’intérieur de moi, de la même manière que pour mon voyage en Inde. Pour Corinne, après un premier élan très enthousiaste, les résistances dues à la peur sont apparues. C’est de cela surtout dont nous avons longuement parlé, pour savoir à quelle partie de nous nous allions confier cette importante décision.

D’un côté, il y avait notre cher ego, qui s’est donné comme mission de nous protéger. Comme on le sait, il déteste l’inconnu et se réfère toujours au passé pour prendre sa décision, même s’il ignore totalement de quoi sera fait demain. De l’autre, il y avait l’élan du cœur, une résonance intérieure non descriptible et pourtant bien vivante.

Je me suis rappelé une citation que j’avais écrite sur un papier avant mon départ en Inde et épinglée sur le mur de ma chambre : « Le courage, ce n’est pas de ne plus ressentir de peurs, mais d’oser les regarder en face. » Pour moi, il n’y avait plus d’hésitation, même si la proposition que la vie nous lançait ravivait certaines craintes. Quant à Corinne, même si elle préférait ne pas prendre de décision « irréfléchie », je n’avais aucun doute sur l’issue.

Namasté,

Jean-Daniel