Moi, Jean-Daniel

Les aventures de Jean-Daniel, semaine 73

Ma valeur

Je voulais vous parler aujourd’hui d’une rencontre qui m’a troublé. Corinne et moi avons été invités à souper chez ses parents samedi soir. Un des oncles à Corinne, le frère de son père, était aussi présent. Dès que je l’ai vu, j’ai eu une bizarre d’impression.

J’en ai touché un mot à Corinne, qui m’a discrètement raconté qu’il avait eu des problèmes de santé, ce qui lui avait fait perdre son emploi, puis que sa femme l’avait quitté, et que depuis ce temps-là, il n’était plus le même. Entendez par là qu’il ne se sent plus très bien dans sa peau.

Ça paraissait en effet. Paul, l’oncle de Corinne donc, semblait manquer d’assurance à un point tel qu’il en faisait pitié. On aurait dit un petit animal perdu sur le qui-vive, craignant de se faire réprimander à chaque instant. La famille à Corinne le connaissait comme cela depuis des années, et ils n’y prêtaient plus attention, mais moi je ne pouvais m’empêcher d’observer tous ses mouvements et toutes ses réactions.

Cet homme me faisait pensé à un ressort totalement détendu. Il essayait bien de cacher son mal-être et de paraître normal, mais avec un total insuccès. Sur le chemin du retour, Corinne me raconta qu’il avait été un homme très actif, bon sportif même, mais que depuis l’apparition de sa maladie et le départ de sa femme, son estime de lui, et sa confiance, étaient tombés au plus bas.

Sur le coup, j’ai trouvé absurde et stupide que cet homme fasse dépendre son estime de lui de son emploi et de son état de santé. Mais les jours d’après, j’essayai de m’imaginer comment je réagirais s’il m’arrivait la même chose. Là, je comprenais déjà beaucoup mieux sa réaction, surtout que j’ai un côté orgueilleux qui n’aide pas. J’ai tout bonnement réalisé que ma propre estime de moi tient davantage du regard des autres que de la valeur que je m’accorde à moi-même.

En y regardant de plus près, les principaux critères de jugement de ma valeur sont extérieurs à moi : l’amour et la reconnaissance de Corinne, de mes chums, de ma famille, ma performance professionnelle, ma force et mon apparence physiques, mes succès sportifs (même ça, vous vous rendez compte). Et moi là-dedans ? Quelle valeur est-ce que j’accorde à ma propre vie ? Où avais-je mis ma valeur intrinsèque, celle de ma vie, celle d’être en vie, peut importe l’âge de mon corps, mon emploi ou le nombre d’amis facebook ?

Namasté,

Jean-Daniel