Moi, Jean-Daniel

Les aventures de Jean-Daniel, semaine 71

La liberté, ça vaut combien ?

Je me suis posé la question en voyant des itinérants. L’hiver est vraiment dur cette année, et voir des itinérants dans la rue, insuffisamment habillés et mal nourris pour certains, ça m’a choqué. Ce n’est pas la première fois que j’en vois, mais là je me suis senti interpellé. Dans quel monde vit-on pour voir des gens à la rue quand il fait moins 25˚C ? Est-on à ce point déshumanisé pour fermer les yeux sur cette réalité ?

Mon métier de livreur de pizzas, je le fais pour payer mon loyer, ma nourriture et tout le reste, et pas par plaisir. Être au chômage au Québec, c’est dur moralement, mais aussi monétairement. Pour ne pas y rester, parfois on accepte n’importe quel boulot. Il y a un mot pour cela : prostitution. Parce que vendre ses biceps, ses mollets, son cerveau ou un autre partie de son corps contre de l’argent, ça revient à peu près au même.

Alors oui, le monde du travail, à bien y regarder, c’est rendu un peu beaucoup de la prostitution et de l’esclavage. Oh, bien sûr, on ne prononce pas ces mots-là, ça choquerait trop. Mais quand les exigences de rentabilité rendent les patrons aveugles et indifférents à la souffrance et aux malheurs de leurs ouvriers, et que les ouvriers s’oublient au point de ne plus se respecter, c’est bien de cela qu’il s’agit.

Je ne veux blâmer personne. Mais en voyant ces itinérants, j’ai été interpellé jusque dans mes tripes, avec une question qui revenait sans cesse : « Et toi, te respectes-tu ? Jusqu’où es-tu prêt à aller pour gagner de l’argent ? »

Avec douceur,

Jean-Daniel