Moi, Jean-Daniel

Les aventures de Jean-Daniel, semaine 69

Manuel et Mila

La mère de Corinne a de la parenté en Argentine. Pour les Fêtes, elle a invité un de ses cousins, un prêtre qui vit dans la région de Córdoba. Nous avons eu une discussion très intéressante ensemble. Ce qui m’a le plus frappé, c’est sa manière de voir la vie, très contrastante avec celle des gens d’ici, et la mienne aussi.

Par curiosité, je voulais savoir à quoi ressemble son quotidien, et j’ai été bien servi. Bien sûr, comme il est prêtre, sa vie est différente. Mais au-delà, ce sont ses valeurs et ses croyances qui m’ont interpellé. Manuel a le verbe facile, et je crois qu’il a pris plaisir à me parler de sa vie, de son pays et de sa culture. Il a notamment officié quelques années en France, où il a appris le français, et ses connaissances m’ont vraiment impressionné.

Derrière ses histoires agréablement narrées, je pouvais facilement imaginer l’ambiance de sa paroisse, son presbytère ou ses discussions avec ses ouailles. La religion là-bas a une emprise que nous ne connaissons plus au Québec. Ce qui m’a le plus étonné, peut-être parce que je ne suis pas très croyant, c’est la force avec laquelle cet homme, qui a tout de quelqu’un de bon et de dévoué, défendait ses dogmes et ses croyances. Il y mettait une conviction incroyable, comme si sa vie en dépendait.

Manuel affirmait notamment que Jésus avait souffert pour nous, et que la souffrance était un mal nécessaire pour se rapprocher de Dieu. Selon lui, souffrir évitait aux hommes de tomber dans le vice et la superficialité. C’était là le point principal sur lequel nous n’étions pas d’accord, mais par politesse, et intérêt aussi, je le laissais volontiers me présenter ses arguments.

Comme je l’écoutais, je fis des liens entre cette doctrine de la souffrance et nos comportements. Par exemple, pourquoi tant de gens croient qu’il faut travailler fort pour gagner sa vie, au point de se rendre malade très souvent. Comment se fait-il qu’un emploi soit source de stress et de maladie ? Quand on y pense, c’est totalement absurde, et pourtant considéré comme « normal ».

En observant le visage un peu plissé de Manuel, son collet serré de prêtre et ses petites lunettes, je me disais que cet homme, d’allure sympathique, reflétait bien sa doctrine. C’est à cet instant que Mila, la chienne Labrador des parents à Corinne, vint poser sa tête sur sa cuisse. Sans lâcher la conversation, il flatta son cou avec douceur, pour le plus grand bonheur de Mila.

La vie des chiens me parut alors tellement plus simple que la nôtre. Pas simpliste, oh non, simple, sans complication, vraie. J’enviais Mila, comme les autres animaux, qui ne nourrissent pas de croyances qui les briment et les limitent, ni de concepts ou de théories dont nous avons tant de mal à nous extirper par la suite. J’aurais aimé, ne serait-ce qu’un instant, être dans la tête et le cœur de Mila, pour mieux goûter à la douceur et à l’amabilité qu’elle incarnait de tout son être.

Chaleureusement,

Jean-Daniel