Moi, Jean-Daniel

Les aventures de Jean-Daniel, semaine 60

Des idées reçues, moi ?

Un soir, Corinne s’est mise à parler de sa jeunesse comme jamais elle ne l’avait fait. Ça a commencé par l’évocation des moments forts passés à l’école primaire, ses amitiés, ses jeux préférés, ses desserts préférés aussi. Puis elle m’a raconté les vacances passées en famille en Colombie Britannique, son premier amour et sa première déception, jusqu’aux folies de son adolescence.

Je l’écoutais avec plaisir, pendu à ses lèvres, m’imaginant les scènes qu’elle décrivait avec beaucoup de détails. Je voyais défiler sous mes yeux la trame de sa vie et sa personnalité qui se construisait au fur et à mesure. Je comprenais mieux ce qui l’avait marquée et voyais ce qui l’influençait aujourd’hui encore. Comme il était amusant de l’écouter ; tout cela ressemblait étrangement à un film qui laissait son empreinte de plus en plus forte sur le personnage principal.

En même temps, je faisais un parallèle avec ma vie, voyant l’influence exercée par des événements parfois lointains. Comme lorsque j’étais allé jouer chez mon ami Henri, et que son chien m’avait mordu. Depuis ce jour, j’ai gardé une crainte des chiens, qui me semble disproportionnée par rapport à la petite morsure qu’il m’avait infligée. Et pourtant, après toutes ces années, je vois bien que mon rapport avec les chiens ne s’est pas amélioré.

Corinne me parla ensuite de son passage au Cégep, époque difficile pour elle ; elle se cherchait, sans se trouver, et, selon ses propres mots, s’était maintes fois égarée. Quand je lui demandai des détails, elle se contenta de me donner quelques précisions très générales. Je compris que cette porte resterait fermée, et qu’il valait mieux passer à un autre sujet. J’ai moi aussi mon jardin secret, et je n’apprécierais pas qu’il soit dévoilé sans mon consentement !

J’avais l’impression, même si tout cela est très relatif, d’un peu mieux connaître la femme que j’aime. Mais en même temps, je savais que je n’avais vu que la pointe de son iceberg, et qu’elle resterait toujours un mystère pour moi. Ce qui était sûr cependant, c’était que le personnage de mon propre film, à savoir moi, était tout imprégné par son passé, et cela souvent à son insu.

Suite à notre belle discussion, une double question surgit : qui est le scénariste du film de ma vie, et surtout a-t-il le pouvoir d’en effacer des passages, ceux qui me plaisent le moins bien sûr ? Si je trouve la réponse, je vous le dis, c’est sûr !

Bonnes vacances !

Jean-Daniel