Moi, Jean-Daniel

Les aventures de Jean-Daniel, semaine 56

On passe à l’action

Corinne, qui a pris ma résolution au bond, m’a aidé à élaborer une stratégie pour sortir de la victimite. On a pris quelques jours pour y penser, et surtout le ressentir, car se sentir victime, c’est d’abord du domaine des sentiments, n’est-ce pas ?

J’avais déjà identifié cette tendance lors de mon séjour en Inde, et un des profs m’avait aidé à y voir plus clair. Pour lui, le sentiment de victime s’apparentait à tourner en rond dans une fausse croyance. Il nous enseignait qu’être victime n’est en rien une attitude naturelle, n’a rien de spontané et de direct, mais qu’il s’agit d’un sentiment né d’un repli du sentiment-pensée sur lui-même. C’est pour cela qu’il nous répétait qu’être victime nous fait tourner en rond, et que cet état nous maintient dans l’illusion.

Ça je l’avais compris, et même identifié, par expérience personnelle. J’avais commencé à reconnaître « la victime en moi », cette facette de ma personnalité qui s’était prise au jeu, et avec un peu d’entraînement, j’avais appris à reconnaître quand elle pointait le bout de son nez. Jusqu’à présent, ça m’a évité de me faire prendre tout cru, mais je veux aller plus loin.

Selon Corinne, j’avais déjà une excellente base : la vigilance et l’observation. La suite consistait à me désidentifier à un niveau plus profond de cette facette de ma personnalité et à me reconnecter à mon vrai « Je ». L’image que Corinne m’a proposé d’adopter est celle de moi et de mon veston ; je suis la personne et la tendance à la victimite est le veston. Est-ce que quelqu’un se prend pour son veston ? Jamais ! Il semble pourtant que c’est ce que je fais inconsciemment. En en prenant conscience, ça devait donc cesser.

La véritable mise en pratique a commencé le jeudi suivant au boulot, quand j’ai reçu ma paye. Au nombre d’heures que j’avais faites, je la trouvais bien maigre… et totalement injuste ! La victime que j’avais l’habitude de refouler criait à l’injustice. Je l’avais invitée à se manifester, et là, elle hurlait. J’ai dû faire un effort pour ne pas dire à mon boss ce que je pensais.

Paradoxalement, pour réussir, il fallait que je ne fasse rien, que je cesse de croire à cette illusion, que je cesse de l’entretenir par mes pensées et mes sentiments. Rien faire, sinon observer et laisser aller. Plus je plongeais dans cette simple observation sans action, plus la victime criait fort, réclamant de l’attention, réclamant d’être reconnue, dans ses souffrances et ses mérites, dans son injustice surtout.

Depuis ce jeudi, la victime a envahi ma personnalité. En fait, je la vois un peu partout, profitant de la moindre occasion pour brandir le drapeau de l’injustice. Le plus drôle, c’est que derrière elle, un bourreau est apparu, aussi clairement que je soleil dans un ciel bleu. Je crois que la tâche va être plus ardue que prévu, à moins d’un bon coup de pouce. Qui sait ?

Namasté,

Jean-Daniel