Moi, Jean-Daniel

Les aventures de Jean-Daniel, semaine 55

Moi, victime ?

Corinne a un tempérament bien différent du mien. Alors, forcément, on se réactive. Sans le vouloir, elle met en lumière mes aspects plus cachés, plus sombres. On parlait du système de santé, et comme on n’était pas d’accord, elle m’a lancé dans sa spontanéité habituelle : « Arrête donc de jouer à la victime ». Piqué, j’ai alors essayé de justifier mon point de vue.

Mais plus tard, j’ai dû reconnaître qu’elle n’avait pas tout tort. Il m’a fallu entendre cette phrase, qui a eu l’effet d’une baffe, pour que je le réalise. Des images sont remontées à ma mémoire, qui confirmaient que Corinne avait vu juste ; mon attitude dans mon ancien job, avec ma précédente amie, avec mes parents, était de toute évidence teintée de victimite.

Je suis conscient que je perçois ma vie à travers le filtre de mon mental, de mes émotions, de mes peurs, par exemple. Je sais aussi qu’il m’arrive de prendre mes rêves pour la réalité ou de rejeter une partie de la réalité simplement parce que ça ne fait pas mon affaire. Mais quand même, est-ce que je m’étais comporté en victime sans rien voir durant toutes ces années ?

Rien vu en partie, mais surtout rien voulu voir. Il est des choses difficiles à s’avouer. Je veux dire qu’il est facile de déclarer qu’on est râleur ou chialeur, mais c’est une autre paire de manches de prendre conscience à un niveau plus profond qu’on agit en victime, et de voir en un instant tous les effets pervers de cette attitude.

La prise de conscience a été aussitôt suivie du désir de sortir de cet état. Qui voudrait s’éterniser dans un état dominé par l’impuissance, le reniement de ses forces et l’assujettissement ? C’était pourtant ce que j’avais fait, c’était pourtant ainsi que j’avais passé une bonne partie de ma vie. Mais ça avait assez duré, il fallait que ça change, et rapidement.

Je suis retourné voir Corinne pour lui raconter ce que je venais de vivre, et lui faire part de mon ardent désir. Elle était heureuse de m’entendre, et avait déjà sa petite idée sur ce que je pouvais faire …

Namasté,

Jean-Daniel