Moi, Jean-Daniel

Les aventures de Jean-Daniel, semaine 53

Mamie

Ma grand-mère Rosine a fait un AVC. C’est ma mère qui m’a prévenu. Elle m’a dit que ce n’était pas trop grave, mais que ça pouvait dégénérer, alors je suis allé la voir. Je l’aime beaucoup Mamie.

Quand j’étais enfant, on habitait à quelques kilomètres de chez mes grands-parents maternels, et j’allais souvent leur rendre visite à bicyclette. C’était une vraie mamie-gâteau, un cœur sur deux pattes comme on dit. Quand son mari, mon grand-père Anastase, est mort, elle a dû aller vivre dans une résidence pour personnes âgées. Par chance, Baie-Saint-Paul est proche de chez mes parents, qui vont la visiter chaque semaine.

Ma grand-mère est pour l’instant à l’hôpital. Nous y sommes allés tous les trois, avec ma mère et mon père. J’étais content de voir qu’elle avait toute sa tête, mais elle a de la misère à bouger son bras et sa jambe gauches, et ça m’a fait un choc de la voir comme cela. Ma grand-mère Rosine a toujours été très active, et même depuis qu’elle est dans sa résidence, elle a gardé l’habitude d’aller marcher dehors autant que la météo le permet.

Ça ne faisait pas très longtemps que nous étions arrivés quand ma mère a ressenti une grande fatigue. Pour ne pas laisser Mamie toute seule, mon père a proposé d’aller la conduire à la maison et de revenir me chercher plus tard. C’est ainsi que je me suis retrouvé seul avec elle, ce qui n’était pas arrivé depuis de très nombreuses années.

Je ne sais pas si c’est parce que Mamie sent sa fin arriver, mais elle a commencé à me parler de sa vie comme elle ne l’a jamais fait. Elle m’a parlé de tant de choses que j’aurais bien de la difficulté à tout vous raconter, mais bien sûr, certains événements et certaines réflexions ont retenu mon attention.

J’ai notamment appris qu’une des premières choses que ma grand-mère a dite à mon grand-père lorsqu’il a commencé à la courtiser, était qu’elle ne voulait pas d’un mari alcoolique et violent. Il faut dire que son père avait un penchant pour l’alcool, et que sa mère et elle, qui était l’aînée, en avait beaucoup souffert. Elle a même exigé qu’il lui en fasse la promesse avant de se marier, promesse qu’elle lui a rappelée à quelques reprises, et qu’il a tenue malgré les tentations. Ma grand-mère a un caractère bien trempé, ce qui s’est révélé être un grand avantage.

Malgré son AVC, je pouvais voir briller chez ma grand-mère une force positive, une réelle confiance en la vie. Elle m’a raconté qu’elle aussi aurait pu baisser les bras à maintes reprises, mais qu’à chaque fois une voix à l’intérieur d’elle-même l’avait encouragée à ne pas se laisser envahir par les doutes, à ne pas entrer dans des interrogations inutiles, ou à fermer la porte à la révolte ou à la peur.

C’est avec un sourire sur le visage qu’elle me dit que ce furent les moments les plus sombres de sa vie lui avait le plus appris à faire confiance, et qu’elle réussit sans trop savoir comment à traverser avec une relative aisance les années de vache maigre, les crises de couple et la relative solitude d’une vie à la campagne.

À travers son histoire et ses mots simples, ma grand-mère m’a aidé à comprendre qu’il n’y a rien à gagner à nourrir la colère, le ressentiment ou la peur, et que quelles que soient les circonstances que la vie nous présente, nous pouvons mettre en avant ce qu’il a de meilleur en nous. Merci Mamie.

Namasté,

Jean-Daniel