Moi, Jean-Daniel

Les aventures de Jean-Daniel, semaine 34

Un sens profond

J’ai vécu une expérience très spéciale la semaine passée. J’étais chez mes parents pour la fin de semaine, la dernière fois avant mon départ. Comme j’aime le faire, j’étais sorti pour faire un tour au bord du fleuve. Pour rejoindre la berge, il faut descendre une falaise assez à pic. Je l’ai fait des dizaines de fois, mais samedi dernier, les rochers étaient particulièrement humides et j’ai glissé.

D’un coup, j’ai vu le vide au-dessous de moi, et j’ai pensé que j’allais m’écraser sur les rochers en contrebas. J’ai senti que ma vie me filait entre les doigts. Un sentiment de panique et un sentiment de totale impuissance sont montés en moi. Et puis, là, une impression de déjà vu a surgi, sans prévenir, la sensation très claire d’avoir déjà connu ce genre de situation : le passage de la vie à la mort.

Oui, c’est devenu très clair en moi, limpide, j’avais déjà connu un tel moment, ce genre de situation, mais ce souvenir était resté voilé, jusqu’à ce qu’il remonte devant la force de l’expérience, ou peut-être parce que mon âme avait voulu me faire ce cadeau. Cadeau d’un lâcher-prise total, d’un abandon total face à l’inéluctable, et pourtant naturel passage de la vie à la mort. Cadeau pour me rappeler que je pouvais lâcher prise, cesser de tout contrôler… et que la vie n’allais pas s’arrêter pour autant.

Un cadeau pour réveiller la confiance en la vie peut-être, cette confiance qui me fait souvent défaut, qui courbe l’échine sous les vagues de peur, les sentiments d’impuissance ou l’incompréhension de ce monde.

Malgré la folie de ma situation, sans le vouloir j’ai fermé les yeux pour bien graver en moi cet instant, ce vécu. Ça c’est fait inconsciemment, ou plutôt sous l’impulsion d’une force hors de mon contrôle, mais je savais que c’était là pour me permettre de me rappeler cet instant lorsqu’une peur ne manquerait pas de surgir ou que je douterais une fois encore que la vie sur cette belle planète a un sens profond, même s’il dépasse ma capacité à le reconnaître.

Je ne sais comment j’ai fait pour ne pas tomber, ni même si je l’ai fait. Tout songeur, sur le chemin du retour à la maison de mes parents, je me suis demandé si ce cadeau m’avait été donné en prévision de ce que j’allais vivre en Inde.

Jean-Daniel