Moi, Jean-Daniel

Les aventures de Jean-Daniel, semaine 23

Petit devoir – grande découverte

Je ne vous l’avais pas dit, mais je suis rentré chez moi avec un devoir. La thérapeute m’a demandé de réfléchir à ce que je voulais faire de ma vie. Ça peut paraître simple d’y répondre quand on s’arrête aux généralités, comme je veux être heureux, voyager, m’épanouir professionnellement. Mais quand il a été temps de préciser les choses, de devenir concret, je me suis rendu compte que non seulement je ne savais pas très bien ce que je voulais, mais que je ne savais pas vraiment qui j’étais.

Il y avait le Jean-Daniel du dehors, l’homme qui habitait Québec, était célibataire, présentement au chômage et qui aspirait à reprendre les études. Et puis il y avait un Jean-Daniel en dedans, qui n’avait jusqu’à présent pas vraiment eu la parole ni la possibilité de se montrer.

Cette prise de conscience m’a d’abord plongé dans un état pensif, puis après je me suis senti triste. Triste parce qu’il y avait en moi quelqu’un qui vivait refoulé, ou plus précisément qui ne vivait pas vraiment, une partie de moi que j’avais recontactée, mais que j’avais faite taire durant toutes ces dernières années.

Et vous, vous êtes-vous déjà demandé qui vous étiez ? Je veux dire au-delà du rôle joué dans la famille, au boulot ou en société. Moi, c’était la première fois. Avec le chômage, j’avais perdu mon rôle social habituel, mais là, je ne savais plus très bien qui j’étais.

J’avais bien essayé de me rattacher à mon image d’homme, de frère, de fils, d’ami, de diplômé de, mais en cet instant rien de cela ne tenait, rien d’extérieur ne me procurait la stabilité que je recherchais. Oui, je ne sentais fragile, et en plus je ne savais plus qui j’étais.

Pourtant, en dedans, quelque chose savait. Puisque je savais que je ne savais pas, ça voulait dire qu’une partie de moi, dont je n’avais pas précisément conscience, savait ! Elle devait savoir qui j’étais, pourquoi j’étais là dans mon appartement à me poser des questions. C’est vrai, pour l’instant j’avais surtout des questions, et pas de réelle réponse. Mais il y avait cette lueur que j’avais ressentie en moi, et cela me remplissait sans même que je le veuille d’espoir, comme une promesse, une graine semée qui allait porter fruit un jour.

Jean-Daniel