Moi, Jean-Daniel

Les aventures de Jean-Daniel, semaine 17

Une belle philosophie

Dans la famille de mon père, comme dans celle de ma mère, tout le monde est assez standard, avec famille, boulot, sans faire trop de vagues. Sauf mon oncle Fred. Lui, quand il a eu vingt ans, il a quitté Charlevoix et a été engagé sur un navire marchand pour servir les repas et faire la vaisselle. Il a fait cela pendant quelques années d’un bout à l’autre de la planète.

J’ai revu mon oncle le week-end passé. Il habite aux États-Unis, mais ça lui arrive de venir dire bonjour à la famille au Québec. C’était rare qu’on le voyait quand j’étais plus jeune, mais je garde de bons souvenirs des histoires qu’il aimait nous raconter. On a jasé un peu tous les deux. Je lui ai parlé de ma situation et lui il m’a partagé quelques-unes de ses expériences. Sa philosophie à lui, c’est ce qu’il a appris de la vie. Du pratique et du concret.

Il m’a raconté que, lorsque le bateau faisait escale, quelques sorties auraient bien pu mal finir. Dans certains bars, les règlements de compte se finissaient aux couteaux et il se trouve chanceux aujourd’hui d’avoir tous ses doigts et le reste. Mais ce que j’ai retenu de notre discussion, ce n’est pas cela. C’est sa facilité à accepter tout ce qu’il a vécu, le bon comme le difficile, comme si dans sa tête il prenait simplement ce que lui offrait la vie sans se poser de question.

En comparaison, je me trouve bien compliqué. Par exemple, il m’arrive de me demander ce que je serais devenu si j’avais continué mes études et que j’étais allé à l’université, ou si j’étais allé à Montréal plutôt qu’à Québec. Mais dans le fond, je perds un peu mon temps, parce que je ne le saurai jamais.

La philosophie de mon oncle est de prendre ce que la vie lui présente comme elle le lui présente, et de faire ce qu’il peut avec. Je le trouve bien sage et chanceux de pouvoir vivre ainsi, parce qu’il me semble que ça rend la vie bien plus simple. Je me suis donc dit que j’aillais essayer de l’appliquer moi aussi. Mais au moment de la mettre en application, une question a surgi (je vous ai dit que je me trouve compliqué parfois) : est-ce que tous les événements que la vie me présente sont bons pour moi ? Toute la question est là finalement. Parce que si je peux répondre oui, et bien je n’aurai plus besoin de les repousser ou de vouloir les changer. Il me sera en tout cas plus facile de les accepter.

J’y ai pensé durant quelques jours et je suis arrivé à une conclusion : la vie est bien faite, il n’y a pas de hasard, il y a une prodigieuse Intelligence à l’œuvre dans l’univers, et donc les événements de ma vie ont à coup sûr un sens et sont là pour mon bien.

J’avais réussi à ouvrir une porte. Il ne me reste plus qu’à avancer, n’est-ce pas ? Ce qui veut dire en premier lieu changer quelques vieilles habitudes et laisser aller les peurs qui surgissent devant l’inconnu, en me rappelant, foi de philosophe, qu’elles n’ont plus de raison d’être.

Et vous, croyez-vous que la vie est bonne pour nous et que les événements qu’elle nous présente sont là pour notre bien ?

Jean-Daniel