Moi, Jean-Daniel

Les aventures de Jean-Daniel, semaine 15

Rêvez ensemble

Mes amis ont tous repris le boulot. Ça fait que je me sens un peu plus seul. Pour me changer les idées, je suis allé promener au bord du fleuve, un peu plus loin que l’île d’Orléans.

J’aime voir l’estuaire du Saint-Laurent qui s’ouvre à perte de vue, tremper mes pieds dans l’eau et voir le vent jouer avec les vagues. Ça me relaxe et ça m’aide à relativiser les choses.

Parfois, j’ai l’impression d’être comme une petite goutte d’eau dans l’océan de l’univers. Parfois aussi, je me sens grand et puissant comme un de ces cargos qui fendent les flots. D’autres fois, c’est la nostalgie qui s’empare de moi. Quand ça arrive, je vois souvent des images de mon enfance, en famille ou quand on jouait dans la forêt avec les copains du village, ou nos fameuses parties de hockey. J’ai l’impression que c’était le bon temps, le temps de l’amitié, du partage, le temps où on était ensemble.

On vivait tous à la maison, mes parents, mes sœurs et moi, et en ce temps-là, je ne pensais jamais qu’on serait séparé un jour. Il y avait quelque chose de bon, je le sens tellement quand je suis seul dans mon appart. Ça n’a pas de sens de vivre seul, en tout cas, moi, je ne suis pas fait pour cela.

Je sais que c’est la vie, que dans la nature les jeunes quittent leurs parents, parfois même qu’ils sont chassés, mais nous les humains, on est peut-être encore comme des petits enfants pas prêts à quitter leurs parents. Je vous dis cela car lorsque j’y pense, je ressens une déchirure dans mon cœur, et qu’il ne faut pas trop que j’y pense, sinon je deviens triste.

Je sais aussi que je ne pourrais plus vivre avec mes parents, je veux dire que ce serait difficile, et je ne vois pas vivre avec ma sœur et son mari, ça c’est clair, mais dans l’absolu, si on était un peu différent, on pourrait vivre d’une façon plus unie, plus solidaire, comme dans un petit village, une petite communauté où tout le monde s’entraiderait, où on serait là les uns pour les autres malgré nos différences. On aurait chacun son chez-soi, et il y aurait des espaces communs, un mélange harmonieux de partage et de sphère privée.

J’aime me faire des petits scénarios comme celui-là, ça me donne de l’espoir. C’est un beau rêve et j’espère qu’il se réalisera, et si ce n’est pas pour moi, que ce sera pour les générations futures.

A la semaine prochaine,

Jean-Daniel