Moi, Jean-Daniel

Les aventures de Jean-Daniel, semaine 11

J’étais content de retrouver Ben. On se connaissait depuis le Cégep et j’avais confiance en lui. Aussitôt assis, il m’a demandé ce qui m’arrivait. Je lui ai répondu que je me sentais bizarre, que je perdais un peu les pédales.

Tout pragmatique qu’il est, Ben a voulu en savoir plus sur ce que je vivais. Alors, je lui ai raconté ma vie des dernières semaines.

Il me posait régulièrement des questions pour mieux comprendre, et moi je répondais, tout content de sentir que quelqu’un m’écoutait. J’avais passé beaucoup de temps seul depuis mon licenciement, et d’être là, simplement avec quelqu’un qui m’écoutait pour de vrai, juste ça, ça me faisait du bien.

Pour Ben, mon histoire n’était pas facile à comprendre. Il ne s’était jamais retrouvé au chômage ni tout seul. Être seul, on dirait que ça multiplie les problèmes. En plus, j’avais beaucoup de temps pour y penser, alors ils tournaient et retournaient dans ma tête. Je l’ai réalisé en lui parlant. Oui, c’est là que j’ai compris que je tournais en rond, avec les mêmes scénarios qui se répétaient jour après jour dans ma tête et dans ma vie.

Moi, je ne voyais pas le temps passer, mais à un moment donné, Ben m’a fait comprendre qu’il se levait le lendemain pour aller bosser. Il était un peu mal à l’aise de me laisser, alors il m’a proposé d’aller dormir chez lui. C’est bien Ben ça, avec son grand cœur. Je lui ai dit que je n’étais pas à l’article de la mort ni suicidaire, et finalement, il m’a laissé rentrer chez moi.

Avant de se quitter, il a insisté pour que je fasse quelque chose, comme consulter un psy ou un truc du genre. Ce type de problèmes lui foutait la trouille et il ne voulait pas que je reste dans cet état. Je lui ai promis que j’allais m’en occuper et que je lui donnerais des nouvelles rapidement.

Figurez-vous que sur le chemin du retour, je me sentais déjà mieux. J’avais un peu vidé mon sac et notre conversation m’avait aidé à clarifier mes pensées. J’étais assez lucide pour me rendre compte que je marchais sur une pente descendante, et en même temps conscient qu’il y avait sûrement quelque chose à faire pour me sortir de là.

C’est avec un petit sourire aux lèvres que j’ai franchi le seuil de mon appartement, ce qui n’était pas arrivé depuis longtemps.

Je vous retrouve la semaine prochaine pour vous raconter la suite. 

Jean-Daniel