Moi, Jean-Daniel

Les aventures de Jean-Daniel, semaine 10

Les quelques jours passés avec mes parents m’avaient replongé dans l’ambiance familiale qui avait nourri mon enfance et mon adolescence. Mais je n’avais pas vécu ce séjour dans l’intimité de mes parents comme les autres fois. Non, ma perception avait été différente. L’acuité avec laquelle j’avais perçu leur mode de vie et les valeurs qui le sous-tendaient, me les avait fait sauter à la figure en quelque sorte. Un vrai choc !

De retour chez moi, j’ai réalisé que j’avais adopté bon nombre de leurs façons de vivre, mais qu’elles ne me correspondaient pas vraiment, ou plutôt plus vraiment.

Oui, j’avais changé. Je ne me sentais plus à l’aise avec tout cela. Depuis quelques jours, j’avais la boule au ventre, je déambulais avec le sentiment que les bases sur lesquelles j’avais bâti ma vie jusqu’à aujourd’hui glissaient sous mes pieds. Je me sentais comme Néo dans la Matrice. Le monde dans lequel j’évoluais, de solide et fiable, était devenu chancelant. Seul dans mon appartement, pour être honnête avec vous, je flippais.

Bien sûr, j’avais envie de parler de ce que je vivais, je me disais que ça pourrait sûrement m’aider à mettre de l’ordre dans mes idées, mais à part à un psy, j’avais peur qu’on me prenne pour un fou. Et encore, après ma dernière visite chez le médecin, je doutais qu’un psy me comprenne vraiment. Alors, pour me changer les idées, je suis allé marcher un peu dehors, puis j’ai traîné dans un centre d’achats. J’avais l’impression d’être moins seul, même si ce n’était pas vrai. Après quoi, j’ai loué quelques films au vidéoclub, puis je suis rentré chez moi.

Le même soir, j’ai regardé le premier volet de la Matrice, mais avec un autre regard. J’étais dans la peau de Néo, je me sentais comme lui quand il a quitté la matrice pour se retrouver de l’autre côté. Sauf que pour moi, il n’y avait pas de Morphéus pour m’accueillir et m’expliquer ce qui se passait.

L’impression de perdre ses repères, vous connaissez ? Moi, j’avais le feeling, et j’a dans les tripes, et je n’aimais pas ça du tout. Alors, j’ai appelé un pote. Il a vite compris que je ne racontais pas des histoires, et il a proposé qu’on se retrouve pour jaser. J’ai raccroché, enfilé mes baskets et j’ai sauté dans mon char.

Je vous retrouve la semaine prochaine pour vous raconter la suite. 

Jean-Daniel