Les billets de Michel A.

Le composteur à idées …

Quand un légume ou un fruit est pourri, la meilleure chose à faire est de le mettre au compost. Mais quand une mauvaise pensée nous traverse la tête, ou qu’un sentiment malsain nous envahit, que fait-on avec ? A-t-on pris l’habitude de les mettre au compost de la vie ? Parce que si on ne le fait pas, on risque de les accumuler ces pensées de jalousie, de haine, de violence, de peur, et ces sentiments d’impuissance, de colère, de tristesse… et ils vont finir par nous intoxiquer.

Peut-être que l’idée vous semble bonne, mais que vous ne savez pas trop comment faire. La vie est bien faite, alors si elle a prévu le recyclage des végétaux, elle a dû prévoir le recyclage des pensées et des sentiments nauséabonds. Avec une humanité comme la nôtre, imaginez la montagne de pensées et de sentiments toxiques qui s’accumuleraient si la vie n’avait pas mis en place un système de recyclage.

Le système fonctionne très bien, et en plus il est fort simple d’emploi. Il suffit de lâcher les pensées et les sentiments dont on ne veut plus et de les rendre à la Vie. Elle sait très bien quoi en faire. Le problème n’est donc pas là. Il est dans la rétention ! Car les humains que nous sommes sont, pour la plupart, attachés à leur passé. Même s’il est encombrant, lourd, un peu coincé, on éprouve bien de la difficulté à le laisser aller.

A force de tout conserver, la barque est pleine. Pas étonnant alors que le nouveau, ou le renouveau, ne s’installe pas. Il faudrait qu’il en ait la place !

Face à un événement passé, posez-vous la question s’il est utile d’en conserver le souvenir vivant ou s’il ne serait pas préférable de le laisser aller. Je prends un exemple : un soldat a été blessé à la guerre et il est revenu avec une jambe en moins. Le souvenir de l’amputation l’habite très fort depuis 35 ans, et sa jambe amputée lui rappelle constamment ce jour fatidique. À ce souvenir sont rattachées la douleur du corps physique et la souffrance qu’il a endurée pendant toutes ces années d’handicapé, à quoi s’ajoutent la colère, la tristesse et les regrets.

Inconsciemment notre homme nourrit son souvenir et le conserve vivant dans sa mémoire. Il en a même fait une partie de son identité : amputé de guerre. Pourtant, le jour où il a perdu sa jambe appartient au passé. Oui, son corps est amputé d’une jambe, et cela il le vit au présent. Mais la douleur de l’amputation, comme la détresse qu’il a ressentie, sont une mémoire, une grosse mémoire certes, mais une mémoire, donc de l’information. Si notre homme pouvait faire la paix avec cet événement passé et le laisser aller, il verrait son être allégé et la qualité de sa vie s’améliorer.

Je crois que nous sommes tous un peu comme ce soldat, accrochés à certaines facettes de notre passé. Si les bons souvenirs occupent une partie de notre mémoire, les événements douloureux, où on a ressenti de l’injustice, de la culpabilité, où on s’est senti trahi ou ridiculisé, en occupent une autre bonne partie. Et ceux-là sont lourds à porter, n’est-ce pas ? Pourtant, qui d’autre que nous peut les entretenir ou les laisser aller ?

Quand une blessure est active, comme celle de l’injustice ou de la trahison, il est plus difficile de lâcher l’événement qui y est relié. On veut réparation, quitte à traîner cet inconfort durant une vie entière. Mais est-ce à notre avantage ? Par expérience, je dirais clairement que non. Pourtant, sans pardon, sans  lâcher prise, on continue de porter le poids des souvenirs douloureux. Alors, pourquoi ne pas décider de les laisser aller, de les rendre une fois pour toutes à la grande Vie, et d’appeler à la place la Paix, la Joie, la Beauté ou toute autre énergie dont vous avez envie ?

Michel A.