Moi Jean-Daniel

Moi, Jean-Daniel

Les aventures de Jean-Daniel, semaine 69

Manuel et Mila

La mère de Corinne a de la parenté en Argentine. Pour les Fêtes, elle a invité un de ses cousins, un prêtre qui vit dans la région de Córdoba. Nous avons eu une discussion très intéressante ensemble. Ce qui m’a le plus frappé, c’est sa manière de voir la vie, très contrastante avec celle des gens d’ici, et la mienne aussi.

Par curiosité, je voulais savoir à quoi ressemble son quotidien, et j’ai été bien servi. Bien sûr, comme il est prêtre, sa vie est différente. Mais au-delà, ce sont ses valeurs et ses croyances qui m’ont interpellé. Manuel a le verbe facile, et je crois qu’il a pris plaisir à me parler de sa vie, de son pays et de sa culture. Il a notamment officié quelques années en France, où il a appris le français, et ses connaissances m’ont vraiment impressionné.

Derrière ses histoires agréablement narrées, je pouvais facilement imaginer l’ambiance de sa paroisse, son presbytère ou ses discussions avec ses ouailles. La religion là-bas a une emprise que nous ne connaissons plus au Québec. Ce qui m’a le plus étonné, peut-être parce que je ne suis pas très croyant, c’est la force avec laquelle cet homme, qui a tout de quelqu’un de bon et de dévoué, défendait ses dogmes et ses croyances. Il y mettait une conviction incroyable, comme si sa vie en dépendait.

Manuel affirmait notamment que Jésus avait souffert pour nous, et que la souffrance était un mal nécessaire pour se rapprocher de Dieu. Selon lui, souffrir évitait aux hommes de tomber dans le vice et la superficialité. C’était là le point principal sur lequel nous n’étions pas d’accord, mais par politesse, et intérêt aussi, je le laissais volontiers me présenter ses arguments.

Comme je l’écoutais, je fis des liens entre cette doctrine de la souffrance et nos comportements. Par exemple, pourquoi tant de gens croient qu’il faut travailler fort pour gagner sa vie, au point de se rendre malade très souvent. Comment se fait-il qu’un emploi soit source de stress et de maladie ? Quand on y pense, c’est totalement absurde, et pourtant considéré comme « normal ».

En observant le visage un peu plissé de Manuel, son collet serré de prêtre et ses petites lunettes, je me disais que cet homme, d’allure sympathique, reflétait bien sa doctrine. C’est à cet instant que Mila, la chienne Labrador des parents à Corinne, vint poser sa tête sur sa cuisse. Sans lâcher la conversation, il flatta son cou avec douceur, pour le plus grand bonheur de Mila.

La vie des chiens me parut alors tellement plus simple que la nôtre. Pas simpliste, oh non, simple, sans complication, vraie. J’enviais Mila, comme les autres animaux, qui ne nourrissent pas de croyances qui les briment et les limitent, ni de concepts ou de théories dont nous avons tant de mal à nous extirper par la suite. J’aurais aimé, ne serait-ce qu’un instant, être dans la tête et le cœur de Mila, pour mieux goûter à la douceur et à l’amabilité qu’elle incarnait de tout son être.

Chaleureusement,

Jean-Daniel

Moi, Jean-Daniel

Les aventures de Jean-Daniel, semaine 68

Mon vœu pour 2018

Noël approchant, avec Corinne, on s’est mis à parler de l’organisation pour la période des Fêtes. Comme il n’était pas facile de choisir dans quelle famille nous allions passer la soirée du 24 décembre, nous avons tiré au sort. C’est tombé sur la famille de Corinne. Ma mère a bien pris les choses, j’étais content.

La deuxième question à tirer au clair était celle des cadeaux. Je trouve que cette coutume est devenue très mercantile et vidée de son sens premier. J’ai exprimé mon opinion à Corinne, et j’étais très content de voir qu’elle aussi partageait ce point de vue. On a donc décidé de ne pas faire de cadeau, à part les cadeaux d’hôtesse, et d’expliquer notre façon de voir les choses à nos familles respectives.

Avec les adultes, ça a été assez facile, mais l’appliquer aux enfants s’avère plus délicat. Prenez ma sœur aînée par exemple, elle a du mal à me comprendre. Elle est du genre à suivre le courant, et remettre en question une tradition comme celle-là la dérange. Elle aime regarder les enfants déballer les cadeaux, tout excités et heureux. Je suis d’accord qu’il y a du beau là-dedans, mais avec Corinne, on a tenu notre bout. On va juste faire une exception pour les enfants les plus jeunes.

Avec Noël, comme d’autres fêtes, vient tout un paquet de traditions, et donc de conditionnements. Derrière cette fête, il y a une puissante machine commerciale qui cherche à embarquer tout le monde, et malheur à qui veut y échapper. Mais est-ce cela a du bon sens ? Les conditionnements, les traditions, les croyances, c’est du domaine du mental, des histoires qu’on se raconte et qu’on gobe souvent comme des automates.

La vraie vie, c’est la connexion directe avec le Vivant, c’est la fraîcheur de l’instant, une rivière qui coule, un bébé qui pleure, un oiseau qui chante ou la neige qui tombe. C’est cela que je veux, cette qualité de vie emplie de liberté, d’expansion et de joie. Et c’est aussi ce que je vous souhaite pour 2018 ! Je vous souhaite de sortir des limites du mental pour retrouver vos ailes et vivre dans l’espace de votre cœur, libre et heureux !

Jean-Daniel

Moi, Jean-Daniel

Les aventures de Jean-Daniel, semaine 67

Je ne suis pas le centre du monde

Je le savais, comme vous aussi sûrement. Nous savons que nous ne sommes pas le centre du monde, et pourtant, souvent, j’agis comme si je l’étais. On a un mot pour cela : égocentrisme. Je l’ai rarement vécu dans sa forme la plus basique et mesquine, car j’ai toujours été attentif aux autres et attentionné, mais avec le recul, je vois bien que je ramenais presque toujours tout à moi. Je veux dire que pratiquement tout était uniquement perçu depuis ma propre perspective. Je ne savais tout simplement pas faire autrement, car ma conscience était repliée sur elle-même. Cependant, ça change.

Depuis quelques semaines, j’ai des « flashs ». Durant ces très courts instants, je me vois aller depuis un point de vue « extérieur » à moi, comme un observateur distant et non impliqué émotionnellement. Ça fait bizarre et surtout, ça relativise. Durant ces « flashs », j’ai une autre compréhension de ce que je vis. C’est assez difficile à décrire, mais je vais essayer.

Habituellement, c’est comme si j’étais au centre, et que les personnes et les événements apparaissent et disparaissent, et que tout est vu depuis ma perspective, mon point de vue central. Durant un flash, je suis un simple élément parmi les autres, et non plus le centre autour duquel gravitent les choses. Je suis juste un élément d’un ensemble, savamment organisé, un élément de la même valeur que les autres personnes, mais aussi de la même valeur qu’un arbre, un oiseau ou un nuage. Tout est compris comme faisant partie de la Vie, et rien n’est saucissonné.

Durant ces moments, je ressens, je vis que tout est un, relié, uni et animé par la même vie sous-jacente. Vous savez, c’est très beau et très reposant. Il n’y a plus aucun sentiment de séparation. Jean-Daniel est toujours là, vivant sa vie, mais pas comme je la vivais. Il se sent supporté par la Vie de manière indéfectible, libéré de tout besoin de lutter ou de s’imposer. Une force tranquille l’anime ainsi qu’une compréhension plus vaste de sa vie.

Après chaque flash, je reste un bon moment ému et touché, tellement c’est bon et grandiose. Je sais qu’un jour je vivrai chaque instant de ma vie dans cet état de paix et d’amour, et que cela est possible pour chacune et chacun de nous, s’il le souhaite du fond de son cœur.

Tendrement,

Jean-Daniel

Moi, Jean-Daniel

Les aventures de Jean-Daniel, semaine 66

Ah si j’étais une femme …

Certains jours, j’aimerais vraiment être une femme. Pourquoi ? Parce qu’elles ont une facilité, une aisance, à vivre qui me fait envie. Ce n’est pas pareil dans leur tête ni dans leur cœur. Je trouve que les femmes sont beaucoup moins rigides que les hommes. Je l’ai constaté chez mes parents, mes grands-parents aussi, et je le vois clairement dans ma relation avec Corinne.

En comparaison, je trouve que nous les hommes sommes plus carrés, plus enfermés dans nos façons de faire. Oui, c’est cela,  nous sommes plus rigides, alors que les femmes sont plus souples. Dans leur corps, c’est évident, je le vois bien au yoga, et dans leur tête aussi. Elles ont une capacité à s’adapter qui me fait envie.

Face à un obstacle, un gars a tendance à l’affronter. Il fonce dedans avec l’idée de résoudre le problème. Mais, ce faisant, il ne fait qu’entretenir l’idée du problème et lui donner vie. Une femme a une autre compréhension, qui fait qu’elle va plutôt contourner l’obstacle, sans chercher à l’affronter, à prouver sa force ou à vouloir  avoir raison. Bien sûr, il y a toujours des exceptions, mais en voyant Corinne, ma mère et bien d’autres femmes, je peux clairement voir la différence.

Pour vous donner une image, je dirais que l’homme a tendance à aller tout droit, style bulldozer, alors que la femme ondule et joue beaucoup plus avec la vie. Elle sait de manière innée danser avec la vie et s’adapter aux changements, sans résister. Oui, elle ondule, contourne, s’adapte, épouse les mouvements que lui offre la vie, et je trouve cela très beau !

Namasté !

Jean-Daniel

Moi, Jean-Daniel

Les aventures de Jean-Daniel, semaine 65

Décrocher

Ma cheville va beaucoup mieux. Je peux à nouveau poser le pied. Marcher, ça paraît si banal, mais là, je savoure ma mobilité et ma liberté revenues.

Mon repos forcé m’a permis de replonger dans mes lectures et de découvrir la poésie. Je prends plaisir à laisser ma plume se promener sur le papier selon l’inspiration du moment. C’est surprenant ce qui peut en sortir. Je ne sais pas si vous avez essayé, mais avec des mots simples, des choses profondes peuvent être exprimées.

Corinne m’a fait remarquer que j’étais plus calme et plus serein. Le plus dur, c’est de prendre le temps de le faire. Il y a tellement de distractions que souvent je me perds à faire des choses qui en fait de compte ne m’apporte rien d’intéressant.

Lorsque j’écris, il est fréquent que des souvenirs d’enfance remontent, en lien avec un moment particulier qui est resté marqué dans ma mémoire. C’est incroyable le nombre de souvenirs qu’on porte. Quand on est petit, on est fragile et dépendant, alors on fait ce qu’on nous dit de faire. Ce n’est peut-être pas bon pour nous, mais comme on n’a pas la compréhension pour le savoir ni la force pour le dire, alors on obéit. Et parfois, on prend de mauvais plis, parce qu’on a ressenti de la peur ou de la honte, parce qu’on s’est senti vulnérable et pas accueilli.

Ce que je veux essayer dorénavant, c’est de vivre les moments et les expériences que la vie me présente tels qu’ils sont et sans y rester accroché. C’est plus facile aujourd’hui, car je sais que je ne suis pas Jean-Daniel, la personne, parce que je sais qu’il y a en moi quelque chose qui je ressens éternel, en tout cas qui n’est pas affecté par le temps qui passe et ce que je vis. Ce quelque chose en moi me semble demeurer identique, quoi qu’il m’arrive.

Le truc qui fait la différence pour moi, c’est réellement de me positionner à l’intérieur dans cet espace qui ne change pas, et d’observer les choses, les situations, ce qui bouge en moi comme une émotion ou une pensée, enfin tout, de tout observer depuis cet espace. Ce qui doublement le fun, c’est que dans cet espace, tout est paisible. Il n’y a ni jugement, ni critique, ni aucune chose de ce genre. J’avais déjà pratiqué cette approche lors de mon séjour en Inde. Comme ces dernières semaines j’avais plus de temps, j’ai pratiqué plus intensivement.

J’espère que vous ne me prenez pas pour un fou, parce que franchement, ça fait du bien. Oui, ça allège, ça me permet de déposer des émotions, des croyances, des blocages qui faisaient autour de moi comme une carapace. Quand on les porte depuis longtemps, on ne s’en rend plus compte. C’est pareil avec un sac à dos. Au bout de quelques heures qu’on le porte, on ne fait plus attention. Mais lorsqu’on le dépose, alors là, on sent la différence, la légèreté que ça procure.

Bonne semaine !

Jean-Daniel

Moi, Jean-Daniel

Les aventures de Jean-Daniel, semaine 64

Petit doute, gros impact

Corinne et moi avons décidé de vivre ensemble. On y pensait depuis un certain temps, et un soir que j’étais chez elle, on s’est décidé. Pour commencer, on va se louer un appartement, et puis on verra.  On a réfléchi à un endroit qui nous plairait et à l’appart idéal. On était comme deux enfants tout excités, c’était vraiment l’fun.

Ce même soir, on a fait des recherches sur internet et sélectionné quelques offres, avec l’idée de les visiter les jours suivants. Nous nous sommes donc donné rendez-vous le lendemain pour la première visite, dans le quartier de Ste-Foy. Le coin était joli, et assez tranquille comme on le veut, mais l’appartement, lui, n’était pas à notre goût.

On s’est dit qu’on allait prendre le temps de trouver quelque chose de plaisant, même si les offres ne sont pas très nombreuses. La demande est forte dans la région de Québec, et les prix ont pas mal grimpé ces dernières années, alors, autant être patient.

Nous sommes rentrés chez Corinne pour manger un morceau et poursuivre nos recherches, quand elle a commencé à me dire qu’elle trouvait peut-être notre projet un peu prématuré. Elle avait été si enthousiaste la veille, que j’avais de la difficulté à comprendre. Je l’ai bien sûr questionnée sur cette hésitation, et c’est là qu’elle est revenue sur sa précédente relation. Corinne m’en avait déjà parlé un peu, mais avait toujours évité de me fournir des détails.

J’ai compris en l’écoutant que sa précédente relation avait fini plus mal que je ne l’avais cru. Elle est restée avec un sentiment de trahison, et même si je ne ressemble pas à son ex, un doute subsistait. Moi-même je ne me sentais plus très bien. Son élan, puis son hésitation surprise, avaient refroidi mon enthousiasme, et semer quelques doutes sur sa véritable intention.

La discussion s’est prolongée assez tard. J’avais besoin de mettre les choses au point, de savoir si on partait sur des bases solides, ou si elle allait encore changer d’idée en cours de route. J’aurais aimé que tout soit clair, que mes doutes et les siens aussi soient totalement dissipés, mais ça n’a pas été le cas.

C’est bizarre quand même comme les fantômes du passé nous font la vie dure. Mais j’étais fier de nous, car on a pu en parler calmement, et en essayant de se comprendre, nous nous sommes rapprochés. L’amour était bien là, palpable, vivant, et on a décidé d’aller de l’avant, ensemble.

Jean-Daniel

Moi, Jean-Daniel

Les aventures de Jean-Daniel, semaine 63

Une aide surprenante

Ma cheville ne guérit pas comme prévu. Après m’être énervé contre ce fait durant trois semaines, Corinne m’a fait un peu la morale, en me disant que si j’étais plus positif, ça aiderait ma cause. J’étais assez lucide pour être d’accord avec elle, mais en pratique, il n’y avait pas de changement.

Un soir, un peu excitée, elle est arrivée chez moi avec un paquet-cadeau, et me l’a aussitôt tendu en me demandant de l’ouvrir. Vous ne devinerez jamais ce que c’était : un recueil de poèmes et un traité sur la poésie. « Tu devrais lire ça, et te mettre à écrire de la poésie, me dit-elle, ça apaise et harmonise notre être. Je connais une personne qui a essayé, elle est enchantée. »

Le lendemain, parce que je lui avais promis d’essayer, j’ai lu quelques poèmes pour me faire l’oreille, et puis j’ai entamé le traité. Son auteure racontait avoir découvert l’écriture poétique durant une période de profonde dépression. Selon elle, c’est la poésie qui l’a le plus aidé à sortir de sa noirceur. Elle en vantait le mérites, tant pour le corps que pour l’âme.

Intrigué, j’ai pris un crayon et du papier. Je ne vous dirai pas ce que j’ai écrit, ça n’en vaut pas la peine, mais je dois dire que ça m’a fait du bien. L’heure passée à chercher l’harmonie dans mes mots et à trouver un équilibre dans le phrasé, m’a apaisé, détendu, nourri positivement. Mes ruminations mentales s’étaient dissipées, mon énergie avait changé. J’étais mieux dans mon tête et dans mon corps.

Je voyais déjà le sourire de Corinne quand j’allais lui raconter mon expérience. La poésie, antidote à la déprime, aux sautes d’humeurs, aux agacements et au mal de vivre, tu parles d’une surprise !

Namasté,

Jean-Daniel

Moi, Jean-Daniel

Les aventures de Jean-Daniel, semaine 62

Un corps à écouter

Il y a dix jours, le père de Corinne, qui a un chalet en Mauricie, nous a invités à y aller. L’occasion parfaite pour Corinne et moi, qui aimons beaucoup les randonnées dans les bois, d’en profiter. Après diner, nous voilà donc partis en amoureux pour une belle ballade. Mais tout ne s’est pas passé comme je l’avais prévu.

Ça faisait environ une heure et demi que nous étions partis quand, en descendant une colline, je me suis pris le pied dans un trou. Et vlan, me voilà à terre, avec une cheville douloureuse, dans l’impossibilité de marcher convenablement. C’est à moitié appuyé sur Corinne et à moitié sur une branche que nous sommes rentrés au chalet. Inutile de vous dire que je ne faisais pas le malin. Le reste de la journée est passé à attendre aux urgences et à rentrer pénardement à Québec.

J’avais bien sûr prévu de faire plein de choses durant la semaine. Et comme quand j’étais enfant, quand je voulais quelque chose, je le voulais tout de suite. Mais là, ma volonté butait sur quelque chose de plus fort qu’elle : ma cheville droite.

Les jours qui ont suivi l’accident m’ont paru longs. Par la force des choses, j’ai réalisé combien la pensée est rapide, alors que le corps, lui, est plus dense et plus lent. Je voulais faire, le corps, lui, voulait du repos.

Vous pouvez demander à Corinne si vous ne me croyez pas, mais juste ce petit accident est tout un défi pour moi. C’est là que j’ai compris que mon corps est un enseignant parfait pour m’apprendre la patience, la tolérance et la douceur. C’est devenu limpide comme de l’eau de source dans ma conscience. Oui, c’est facile de vouloir, de faire des projets dans sa tête. Mais qui nous apprend la tempérance et l’équilibre : le corps.

Vous me direz peut-être que je n’ai pas le choix de l’écouter. Moi je vous répondrai que j’ai tout intérêt à l’écouter ! Notre corps comporte une sagesse que j’apprends seulement à décoder. On est souvent impulsif et excessif, mais pour qui sait l’écouter, je sens que le corps est un maître de sagesse sans pareil !

Il y a dix jours, le père de Corinne, qui a un chalet en Mauricie, nous a invités à y aller. L’occasion parfaite pour Corinne et moi, qui aimons beaucoup les randonnées dans les bois, d’en profiter. Après diner, nous voilà donc partis en amoureux pour une belle ballade. Mais tout ne s’est pas passé comme je l’avais prévu.

Ça faisait environ une heure et demi que nous étions partis quand, en descendant une colline, je me suis pris le pied dans un trou. Et vlan, me voilà à terre, avec une cheville douloureuse, dans l’impossibilité de marcher convenablement. C’est à moitié appuyé sur Corinne et à moitié sur une branche que nous sommes rentrés au chalet. Inutile de vous dire que je ne faisais pas le malin. Le reste de la journée est passé à attendre aux urgences et à rentrer pénardement à Québec.

J’avais bien sûr prévu de faire plein de choses durant la semaine. Et comme quand j’étais enfant, quand je voulais quelque chose, je le voulais tout de suite. Mais là, ma volonté butait sur quelque chose de plus fort qu’elle : ma cheville droite.

Les jours qui ont suivi l’accident m’ont paru longs. Par la force des choses, j’ai réalisé combien la pensée est rapide, alors que le corps, lui, est plus dense et plus lent. Je voulais faire, le corps, lui, voulait du repos.

Vous pouvez demander à Corinne si vous ne me croyez pas, mais juste ce petit accident est tout un défi pour moi. C’est là que j’ai compris que mon corps est un enseignant parfait pour m’apprendre la patience, la tolérance et la douceur. C’est devenu limpide comme de l’eau de source dans ma conscience. Oui, c’est facile de vouloir, de faire des projets dans sa tête. Mais qui nous apprend la tempérance et l’équilibre : le corps.

Vous me direz peut-être que je n’ai pas le choix de l’écouter. Moi je vous répondrai que j’ai tout intérêt à l’écouter ! Notre corps comporte une sagesse que j’apprends seulement à décoder. On est souvent impulsif et excessif, mais pour qui sait l’écouter, je sens que le corps est un maître de sagesse sans pareil !

Namasté,

Jean-Daniel

Moi, Jean-Daniel

Les aventures de Jean-Daniel, semaine 61

Il faut que je vous dise…

J’ai une confidence à vous faire, une de plus : tout est faux ! Et c’est à peine exagéré. C’est en vacances que je l’ai compris. Corinne et moi, on est parti quelques jours aux Îles de la Madeleine, chez un petit cousin à elle. Nous avons été accueillis à bras ouverts par toute la famille, même si les seuls échanges qu’elle a eus avec eux avant le départ n’ont été que quelques courriels.

Tout à l’heure, j’ai dit : tout est faux. Mais j’aurais pu dire inversé, ou à l’inverse du bon sens. Je parle de notre façon de fonctionner ensemble, de nos relations entre hommes et femmes, mais aussi de notre relation à la nature, à la Terre, à la vie dans son ensemble.

Aux Îles de la Madeleine, la vie semble plus directe, plus vraie. Une grande partie des faux-semblants de la grande ville n’a semble-t-il pas prise ici. Le contact permanent avec les éléments, forts et dominants, doit y être pour beaucoup.

Laissez-moi donc vous expliquer. Dans une relation normale, saine, il y a un respect mutuel l’un pour l’autre. La différence est honorée, comprise comme une richesse. La diversité aussi est honorée, puisqu’elle est gage de stabilité. Dans une relation normale, on s’écoute et on se respecte, même si on n’est pas d’accord.

Quand nous sommes retournée sur le continent, j’ai tout de suite perçu la différence. Corinne et moi n’étions plus des personnes, mais des touristes, c’est-à-dire un numéro dans le troupeau avec une carte de crédit.

La relation venait de basculer, je veux dire la qualité relationnelle entre humains. Et c’est à peu près pareil dans tous les domaines. Prenez le boulot : hiérarchie, exigences de rentabilité, compétition… tout cela fausse la relation. Il n’y a plus un humain face à un autre humain, qui s’écoutent et honorent leurs parcours de vie et leurs différences. Non, il y a un boss, qui se croit boss, donc supérieur, et un employé, sur un siège éjectable, qui fait sa job pour gagner un peu d’argent, et qui se la ferme.

Mais c’est faux, ce n’est pas ça la vie !

Et je ne vous parle pas de religion ou de politique. Dans ces domaines, c’est pire, puisque la différence est un problème, voire une menace à combattre. C’est comme dans l’armée, il faut rentrer dans le moule, à pardon, l’uniforme ; tous alignés, un même habit, une doctrine unique à suivre.

Notre petit voyage aux Îles de la Madeleine m’a donné un goût d’authenticité. Je ne suis pas un numéro, mais un être unique, et je compte bien l’affirmer davantage et honorer mon unicité !

Namasté,

Jean-Daniel

Moi, Jean-Daniel

Les aventures de Jean-Daniel, semaine 60

Des idées reçues, moi ?

Un soir, Corinne s’est mise à parler de sa jeunesse comme jamais elle ne l’avait fait. Ça a commencé par l’évocation des moments forts passés à l’école primaire, ses amitiés, ses jeux préférés, ses desserts préférés aussi. Puis elle m’a raconté les vacances passées en famille en Colombie Britannique, son premier amour et sa première déception, jusqu’aux folies de son adolescence.

Je l’écoutais avec plaisir, pendu à ses lèvres, m’imaginant les scènes qu’elle décrivait avec beaucoup de détails. Je voyais défiler sous mes yeux la trame de sa vie et sa personnalité qui se construisait au fur et à mesure. Je comprenais mieux ce qui l’avait marquée et voyais ce qui l’influençait aujourd’hui encore. Comme il était amusant de l’écouter ; tout cela ressemblait étrangement à un film qui laissait son empreinte de plus en plus forte sur le personnage principal.

En même temps, je faisais un parallèle avec ma vie, voyant l’influence exercée par des événements parfois lointains. Comme lorsque j’étais allé jouer chez mon ami Henri, et que son chien m’avait mordu. Depuis ce jour, j’ai gardé une crainte des chiens, qui me semble disproportionnée par rapport à la petite morsure qu’il m’avait infligée. Et pourtant, après toutes ces années, je vois bien que mon rapport avec les chiens ne s’est pas amélioré.

Corinne me parla ensuite de son passage au Cégep, époque difficile pour elle ; elle se cherchait, sans se trouver, et, selon ses propres mots, s’était maintes fois égarée. Quand je lui demandai des détails, elle se contenta de me donner quelques précisions très générales. Je compris que cette porte resterait fermée, et qu’il valait mieux passer à un autre sujet. J’ai moi aussi mon jardin secret, et je n’apprécierais pas qu’il soit dévoilé sans mon consentement !

J’avais l’impression, même si tout cela est très relatif, d’un peu mieux connaître la femme que j’aime. Mais en même temps, je savais que je n’avais vu que la pointe de son iceberg, et qu’elle resterait toujours un mystère pour moi. Ce qui était sûr cependant, c’était que le personnage de mon propre film, à savoir moi, était tout imprégné par son passé, et cela souvent à son insu.

Suite à notre belle discussion, une double question surgit : qui est le scénariste du film de ma vie, et surtout a-t-il le pouvoir d’en effacer des passages, ceux qui me plaisent le moins bien sûr ? Si je trouve la réponse, je vous le dis, c’est sûr !

Bonnes vacances !

Jean-Daniel