Archives mensuelles : octobre 2015

Moi, Jean-Daniel

Les aventures de Jean-Daniel, semaine 21

S’inspirer des fourmis

Connaissez-vous les fourmis ? Moi, je n’y connaissais à peu près rien jusqu’à ce que je me mette à lire le livre « Les fourmis » de Bernard Werber. C’est un monde fascinant ! Parallèlement, j’ai lu un article sur l’économie et l’écologie. Figurez-vous qu’en moins de 8 mois, on a consommé toutes les ressources produites par la planète en une année. On vit donc planétairement à 150% de nos moyens, ce qui veut dire pour nous Québécois qu’on vit au minimum à 500% au-dessus de nos moyens.

Les fourmis font tout le contraire, elles maintiennent un équilibre avec leur environnement. Leur intelligence leur dit qu’elles en dépendent, et donc elles le respectent. Aucune fourmi ne se permet de rompre cet équilibre pour son petit plaisir ou s’épargner quelques efforts. Chez elles, le confort de l’individu ne peut en aucun cas devenir une menace pour la fourmilière ou l’espèce.

Vous me direz que ça se fait tout seul chez elles et qu’elles n’ont aucun mérite, que c’est naturel. Peut-être, mais ce que je sais, c’est que notre mode de vie est une catastrophe pour notre environnement et notre santé, et qu’on tarde encore aujourd’hui à changer la situation. Est-ce que c’est naturel ça ? Ou bien est-on collectivement plongé dans un coma mental, ou hypnotisé par les sirènes de la consommation ? A moins qu’on soit devenu esclave du système économico-financier mondial ?

L’approche de la vie des fourmis est fort intéressante. Figurez-vous qu’elles vivent par la force du groupe et qu’elles sont socialement organisées autour du principe de solidarité. Ce qui est bon pour le groupe est bon pour l’individu, et vice versa. C’est gagnant-gagnant.

Nous les humains, à force d’égoïsme, on s’autodétruit collectivement et on le paye individuellement. C’est perdant-perdant. Il me paraît évident qu’on peut faire mieux, et je crois même que ce ne serait pas si difficile, parce qu’on s’entraiderait les uns les autres et que cette force du groupe nous porterait tous et chacun. Je rêve une fois de plus, mais je vous l’ai déjà dit, ça me fait du bien.

A la semaine prochaine,

Jean-Daniel

Le Meilleur d’ailleurs

… Pas de bras, pas de jambes, pas de problèmes …

Nick Vujicic est né à Melbourne, en Australie, il y a 33 ans. Sa naissance a ceci de particulier qu’elle suscita l’étonnement le plus total chez ses parents quand ceux-ci réalisèrent que leur enfant n’avait ni bras ni jambes; seulement deux petits pieds difformes ralliés au tronc. Une anomalie congénitale extrêmement rare, difficilement explicable par la science et communément appelée « phocomélie » ou syndrome Tetra-Amelia. En raison de son grave handicap physique, renforcé par les pronostics peu encourageants des médecins, son enfance et adolescence furent parsemées d’embûches. L’avenir incertain devant lui l’effrayait : savoir qu’il ne pourrait jamais tenir la main de sa femme – encore devrait-il avant tout en charmer une – l’angoissait, tandis qu’il n’osait même pas imaginer quel genre de profession il pourrait exercer. Nick tenta même de mettre fin à ses jours à l’âge de 10 ans.

Les vœux n’aident pas vraiment
Mais c’est âgé de 17 ans que Nick comprit, à force de réflexion et après s’être lié d’amitié avec le concierge de son école – lequel lui dit très sérieusement qu’un jour il serait conférencier et raconterait son histoire à tous – que sa valeur n’était pas déterminée par le nombre de parties du corps et d’amis qu’il avait, mais bien par l’acceptation de soi : « Il y a un temps où je regardais ma vie et je me disais : Je ne peux pas faire ci, je ne peux pas faire ça. Et je continuais de me concentrer sur les choses que j’aurais aimé avoir et sur les choses que je n’aurais pas aimé avoir. En faisant cela, on oublie ce que l’on a […] Je n’ai pas besoin d’être quelqu’un d’autre. J’ai juste besoin d’être le meilleur de moi-même […] Je suis inquiet de voir combien de personnes pensent qu’elles ne valent rien. »

    

Parce que même en cas d’échec, ce n’est pas vous l’échec
Ainsi Nick s’est mis à appliquer certains principes clés dans sa vie, dont le premier et le plus important est, selon lui, la reconnaissance. Les médecins l’avaient condamné en paroles à ne jamais marcher; pourtant, « sa petite cuisse de poulet », surnom plutôt amical qu’il donne à l’un de ses deux pieds atrophiés, lui permet de se mouvoir… Et il ne peut qu’en être reconnaissant. Mais son changement de perception et sa persévérance l’ont mené bien plus loin qu’il ne l’aurait cru : en dehors du fait qu’il a su patiemment développer une extraordinaire autonomie quotidienne, Nick pratique ou a pratiqué toutes sortes d’activités improbables vu son état physique telles que la pêche, la nage, le surf et même le parachute! Il a aussi réalisé qu’il n’avait pas besoin de mains pour tenir le cœur de sa femme, avec qui il a eu un enfant, et voyage dorénavant un peu partout dans le monde, animé par le désir ardent de toucher les humains en proposant sa vision d’espoir et de courage, car oui : Nick Vujicic est bel et bien devenu conférencier motivateur…

Patrix pour Merci la Vie !

Moi, Jean-Daniel

Les aventures de Jean-Daniel, semaine 20

Créer décréer

Il a fait super beau samedi, je suis allé faire un tour dans le Vieux-Québec. Une des rues que je préfère est la rue des artistes. Malgré la saison avancée, ils étaient encore nombreux à exposer leurs œuvres. Je m’étais arrêté pour observer quelques toiles que je trouvais belles, et leur auteur s’est gentiment approché. Avec sa barbe blanche et son look de retraité cool, il m’a tout de suite semblé sympa.

On a commencé par parler des sujets qui l’inspirent puis de sa technique de peinture. Il m’a raconté que c’était sa femme, tannée de le voir tourner en rond à la maison, qui lui avait donné l’idée de peindre. Au cours de la discussion, il a lâché une phrase qui m’a fait figer bien raide : « Créer, c’est pas facile, mais décréer, c’est encore plus dur. ».

Comme je ne comprenais pas exactement le sens de ses paroles, je lui ai demandé des précisions. « Tu vois, créer une toile comme celle-ci, m’a-t-il dit en pointant la plus proche de nous, c’est assez simple quand tu maîtrises la technique. Mais s’en séparer, c’est le plus dur. C’est la fierté du créateur, peut-être l’orgueil du créateur. Lorsqu’une toile n’est pas belle, je dois savoir le reconnaître et la recycler, ou la décréer si tu préfères. Ça a été long avant que j’y parvienne. Oui, je me suis accroché longtemps à mes toiles, comme si avec leur disparition j’allais perdre une partie de moi-même. »

Sur le coup, j’ai pensé que c’était encore une histoire d’artiste un peu perdu. Pourtant, la sagesse de ses propos s’est rappelée à moi le lendemain matin, lorsque j’ai laissé tomber ma tasse de café. J’étais encore à moitié endormi quand j’ai accroché le comptoir de cuisine, et flan la tasse a explosé sur le carrelage. Je regardais les morceaux sur le sol quand j’ai repensé à ces paroles du peintre. « Décréer, oui, il faut savoir décréer lorsque l’œuvre n’est pas à notre goût ou qu’elle a fait son temps. Regarde la nature, elle sait laisser les fleurs fâner et les arbres pourrir. »

On avait encore élaboré un peu sur le sujet avant de revenir à des choses plus terre à terre. Mais là, face aux éclats de ma tasse, je me disais que ce peintre que j’avais pris pour un vieux hippie, avait touché quelque chose que je trouvais sur le coup fondamental. Une ampoule de 100 watts venait de s’allumer dans ma tête. « Nous les humains, nous sommes des créateurs, nous façonnons notre environnement, créons plein de choses. Alors, si on peut créer, on doit pouvoir décréer aussi. »

Je pensais en cet instant à toutes ces choses que j’aurais aimé voir sortir de ma vie, comme le chômage et la solitude. Je n’avais pas cru jusqu’à présent que j’avais un réel pouvoir sur ces situations, disons pas un pouvoir très puissant, mais là je me disais que si on m’avait donné le pouvoir de les créer, il était assez logique qu’on m’ait donné le pouvoir de les décréer.

Le peintre avait parlé lui de « les rendre à la Vie ». Je n’avais pas bu mon café, mais mes idées étaient plus claires que jamais. J’avais l’intention de rendre quelques croyances et sentiments à la Vie, du genre de ceux qui me la rendaient plate, vous voyez ce que je veux dire.

Jean-Daniel

Le Meilleur d’ailleurs

… Les Anges du Maharashtra en Inde …

Le Maharashtra est l’un des états les plus peuplés et pauvres de l’Inde. Truffé de petits villages ruraux isolés se mouvant au rythme de l’hindouisme, certains d’entre eux, dont Jawalke (qui dépend uniquement de l’agriculture) sont gravement touchés par la sécheresse, les épidémies et le manque d’accès aux soins de santé rudimentaires, rendant les conditions de vie particulièrement pénibles. Néanmoins, c’est dans ce petit village de 1000 habitants comme tant d’autres qu’on y trouve les Anges du Maharashtra, animés par la volonté d’améliorer le sort des Indiens.

Sarubaï Salve
Ni infirmière, ni médecin, Sarubaï Salve est l’une des premières agentes de santé issues du programme Jamkhed, fondé au début des années 70 par un couple de médecins indiens, Raj et Mable Arole, dont l’objectif consiste à recruter et former des femmes démunies pour pallier le manque d’infrastructures sanitaires en région. Arpentant les rues de son village avec sa vieille boîte en métal, « comme une mallette de médecin », elle inculque de bons conseils d’hygiène et de santé à ses patients qu’elle suit religieusement. Mais sa pratique ne s’arrête pas là ; elle effectue également différentes analyses et vérifications (sang, urine, tension, etc.) à l’aide d’un matériel très élémentaire, pose certains diagnostics (dont celui du diabète), administre des médicaments et assiste à de nombreux accouchements (plus de 500 à son actif). Contre toute attente, la pratique aidante de Sarubaï et ses collègues a participé au recul de certaines maladies que les autorités n’auraient jamais cru possibles à éradiquer telles que les diarrhées infectieuses et la tuberculose.

    

Quand l’amour, l’entraide et la solidarité brisent les dogmes
Non seulement les Anges du Maharashtra prodiguent des soins de santé qu’autrement les villageois ne pouvaient recevoir, mais leur statut social « inférieur » a également engendré des rapprochements inattendus ainsi que de grands changements de perceptions au sein des communautés. En effet, bien que le système des castes ait été aboli depuis l’indépendance de l’Inde en 1947, les croyances persistent toujours dans plusieurs zones rurales (encore 170 millions d’intouchables en Inde). Sarubaï, ancienne intouchable analphabète et sans diplôme, qui autrefois ramassait des bouses de vaches pour les mieux nantis en échange d’un morceau de pain et d’une poignée de lentilles qu’on lui lançait au sol, soigne dorénavant des personnes de castes supérieures qui ont appris à l’écouter, lui faire confiance, reconnaître son expertise et la considérer en tant qu’être humain à part entière, point. Une victoire décisive, mais humble, si bien qu’après ses longues journées de consultation, Sarubaï préside des réunions d’informations sous forme d’un théâtre de marionnettes visant à sensibiliser les femmes quant à leurs droits… « J’ai compris beaucoup de choses depuis […] Maintenant, je suis heureuse et je suis fière d’avoir progressé […] J’ai apporté des changements dans mon village, j’en suis contente. »

Patrix pour Merci la Vie !


Médecine d’ailleurs …

Bernard Fontanille est médecin urgentiste, habitué aux interventions en terrains difficiles. Il voyage aux 4 coins de la planète pour diverses missions, pour encadrer, soigner, protéger, réparer et soulager. Ses moteurs : une profonde humanité et une curiosité qui le poussent à rencontrer, découvrir et expérimenter.

Dans cette série, Bernard nous fait partager la vie des femmes et des hommes qui prennent soin des autres, sauvent des vies et inventent parfois de nouvelles manières de soigner.

À travers ses rencontres et ces pratiques, il nous raconte les différentes réalités d’un pays, mais aussi le lien universel qui unit un patient à son soigneur.

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